COVID-19: ON VA TOUS MÛRIR!?

« De ma fenêtre, 16 H 20, la rue est déserte. Le ballet des hélicoptères peine à couvrir le chant des oiseaux, et la douce mélodie du vent qui fait délicatement valser les feuilles des arbres, baignant au passage mon visage de cette fraîcheur qui fait se sentir vivant… en ce moment où la mort peut être au coin de la rue, la vie est partout. »

Peace, Love & BRISE Marine
Nousnouss©

En écrivant ces lignes je ne me fais pas d’illusion, le confinement n’est pas un long fleuve tranquille ponctuée de joyeux cui-cui et de longues contemplations à la fenêtre. Le confinement c’est aussi l’isolement, la peur, l’ennui, l’anxiété, le manque, l’insécurité, le sentiment d’impuissance, l’angoisse….

Comprenez donc que le but ici n’est pas de prêcher pour la paroisse de ce que certains ont appelé « la dictature du bonheur » qui en responsabilisant l’individu de sa propre condition, voudrait culpabiliser l’humain d’être humain.

Je n’irais pas non plus sur le chemin hasardeux de l’internationale collapsologiste, qui voit en cette période un argument de vente pour ses stocks de peur inépuisés et inépuisables, renforcée dans sa démarche par un égotique « je vous l’avais bien dit ! » lancé à la face du monde.

Que nous soyons à l’aube de l’effondrement de la civilisation, de l’éveil de l’humanité, ou tout à la fois, prenons le temps d’abord d’observer ce que nous vivons, à l’abri de la pensée. Qui a la fâcheuse habitude en traversant le présent avec dans ses bras la mémoire du passé, d’en déposer la projection devant nos yeux, pour façonner l’avenir.

Là où le penseur excité par l’avènement d’un nouveau monde, terrifié de voir s’écrouler l’ancien, ou en colère de se voir privé d’une illusoire liberté qu’il croyait acquise, ne voit sur la carte que la destination de sa fuite en avant. Frustré de cette escale forcée, incertain de la suite de son chemin, il tourne en rond, incapable d’action, de concentration ou de satisfaction.

L’observateur, lui, sans jugement, regarde dans le présent la pause providentielle que la vie lui offre dans sa course effrénée. Détaché de l’avenir, qu’il sait n’être fait que de son propre passé, il s’associe au moment. L’observateur est lui-même ce qu’il vit, une pause, une invitation à l’action, tout à la fois, car pour lui le calme et le mouvement ne sauraient être séparés.

Lorsque l’on se glisse dans la peau de l’observateur, alors le voile de confusion se lève, laissant entrevoir les choses telles qu’elles sont, non telles qu’elles devraient être, ou telles qu’elles auraient dû. C’est à travers ses yeux encore, que l’on peut voir, sans vaciller, la réalité du monde lorsque l’on sort son regard de soi pour l’examiner, non plus à l’abri de la pensée cette fois-ci, mais en la remerciant pour son savoir et son expérience, et en l’invitant avec bienveillance à respecter la frontière sacrée du présent. Ainsi en s’unifiant en conscience le penseur et l’observateur ne sont plus à distinguer de l’expérimentateur, ni l’un de l’autre.

Si nous devions n’être que le penseur alors nous ne retiendrions de cet étrange épisode de l’histoire de l’humanité que l’anxiété indigeste d’une totale absence de contrôle. Sur un plan large d’abord. Nous serions scandalisés de voir tout autour de la terre, les dirigeants, aussi respectés, puissants, craints, ou admirés qu’ils aient été, montrer un à un leurs failles_ après tout, eux aussi sont humains_ quand complètement dépassés par les événements, leur image publique prend l’eau de toutes parts, qu’ils tentent de la rafistoler avec de la résine de mensonge, et de la fibre de démagogie. Peu de chefs d’états, en effet, ont fière allure en ces temps décadents. Pour le penseur, politique de santé publique chancelante, coupes budgétaires des secteurs stratégiques, conflits d’intérêts, déficience de planification, ou communication de crise défaillante sont autant de traumatismes, qui bien que pouvant intellectuellement susciter son indignation, finissent par le désorienter, menant tantôt à la paralysie tantôt à la violence.

Tout le monde en prend pour son grade. D’un coup ceux qui feignaient la grandeur se révèlent tout petits. Mais ce que l’observateur vient nous rappeler c’est combien ceux qui sont d’habitude si petits se révèlent bien grands. Les boulangers, épiciers, personnels de la grande distribution, éboueurs, personnels d’entretien, manutentionnaires, pompiers, médecins, soignants, livreurs… Des légions d’anonymes qui tiennent à bras le corps la civilisation, et à travers leur abnégation empêchent le monde de s’arrêter.

Des millions de petites mains, bien souvent maltraités par les gouvernements, parfois méprisés par les bienpensants pour leur « insignifiance » ont su donner au monde une formidable leçon d’humilité.  La pimbêche qui à la caisse du super marché, ou au passage du camion benne disaient à son gamin « si tu ne travailles pas bien à l’école, tu finiras comme ça » ne s’imaginait pas que dans un futur pas si lointain ces gens-là seraient les derniers garants de sa survie.

Quels enseignements cela nous offre-t-il sur notre échelle de valeurs ? Aurons-nous la sagesse de nous souvenir de ça ?

Je laisse la question ouverte.

Evidement ce n’est pas la seule leçon à tirer de cette « crise », mot que j’emploie ici dans son sens le plus positif, de malaise profond causé par des transformation physiologiques ou psychologiques.

Si « la nature dit toujours quelque chose » selon Nicolas Hulot, la réduction au silence des machines de nos usines et des réacteurs d’Easyjet nous permet de l’entendre aujourd’hui partout sur la planète. Des plages de Thaïlande ou les tortues marines, débarrassées du flot incessant de touristes peuvent enfin pondre en toute sérénité, aux côtes méditerranéennes ou les cétacés se baladent librement dans le port de Cagliari et les calanques de Marseille, en passant par le Penjab ou l’on peut de nouveau admirer les majestueux sommets de l’Himalaya, cachés par d’épais nuages de pollution depuis trente ans.

Que sommes-nous censés comprendre du discours de la nature à travers ces manifestations ? Qu’elle se suffit ? il me semblait pourtant que nous le savons depuis Hegel. L’avons-nous oublié ? c’est probable. Qu’elle peut se passer de nous ? c’est indéniable ! Mais nous, pouvons-nous nous passer d’elle ? CQFD !

Sommes-nous prêts à assumer notre responsabilité dans sa dégradation, à nous repentir, à réparer le mal ou juste arrêter d’en faire davantage ?  L’espèce autoproclamée « la plus évoluée », l’est-elle suffisamment pour adopter un mode de vie qui ne détruise pas son habitat ?

Là aussi je n’ai pas de réponse, mais la question mérite d’être posée

Au-delà du dévouement des « working class heroes », et du retour inopiné de la nature, ce qui m’a sans doute le plus interpellé au début de cette crise _mais qui se dissipe malheureusement peu à peu, au fur et à mesure des allocutions télévisés des leaders du « monde libre »_ est cette extraordinaire effervescence, un subtil mélange d’incompréhension et d’excitation face à l’inversement des rôles , la santé de l’Homme sacrifiée depuis l’industrialisation sur l’autel du profit économique , reprenait une place centrale dans le game, quitte à faire bobo au capital. J’ai également été surprise de constater que même le caractère « marchand » de la culture qui vivait son climax depuis le procès Napster , s’est mis à se dissoudre dans cette effervescence des premières semaines du confinement . Ont commencé alors à fleurir des centaines d’initiatives pour rendre la culture accessible au plus grand nombre.

Le Bolchoï , La comédie française , le Cirque du soleil , l’Opéra de paris , les festivals de jazz et de comédie de Montreux , pour ne citer qu’eux , diffusent leurs plus beaux spectacles, Nikon offre des cours de photographie en ligne, les musiciens confinés s’invitent dans nos salons pour des lives inédits , ou comme Radiohead diffusent leurs anciens concerts sur YouTube

Les musées et les monuments historiques s’y mettent aussi. Le Louvre , Le musée Van Gogh , Le Smithsonian , Le Metropolitan . La national Gallery , Le musée Reina Sofia , ou encore L’alte Nationalgalerie de Berlin ,  dévoilent leurs plus belles collections en ligne à travers des visites virtuelles en 3D.

Et si après tout ça on a encore le passeport qui démange,  on peut toujours aller faire un tour à Tikal (Guatemala) , un trek à Angkor (Cambodge) . Pour les amoureux du modernisme, un détour par Barcelone pour visiter La Sagrada Família ,  La Casa Batlló , et La Casa Milà . Avant de finir par Le château de Versailles ou L’Abbaye de Westminster

Avec un casque VR c’est encore mieux

Comme toujours Google va encore plus loin avec son appli Google art&culture , on peut non seulement y trouver d’innombrables musées et monuments à visiter virtuellement. Mais également des expos virtuelles impossibles à faire physiquement, comme la rétrospective de Frida Kahlo « Faces of Frieda » qui met en commun dans une seule expo les archives de trente-trois musées différents.

Le cinéma aussi revisite ses classiques à la sauce confinement, avec Openculture qui répertorie 1500 Films d’auteur à voir gratuitement, Le Centre Pompidou qui propose des séances hebdo d’art et d’essai , et même Jean-Luc Godard qui donne une Master class exceptionnelle sur Instagram

On répertorie les bibliothèques numériques libres . Le seuil propose un nouveau livre chaque jour à lire gratuitement en ligne , La Fnac offre 500 titres en téléchargement gratuit . on découvre ( redécouvre) , également les impressionnantes bibliothèques numériques de TV5 Monde et de La SNCF .

Au milieu de tout ça bien-sûr il y a ceux qui ont dévalisé les supermarchés en achetant beaucoup plus que ce dont ils avaient besoin sans penser aux autres, ceux qui se plaignent, ceux qui entre Netflix et le frigo, ou entre le frigo et Netflix attendent juste que tout redevienne comme avant, ceux qui ne respectent pas le confinement, ceux qui gueulent sur leurs gosses , ceux qui cognent sur leurs femmes, ceux qui profitent de la situation pour spéculer sur les produits de première nécessité, ceux qui détournent les cargaisons de matériel destinés aux pays les plus touchés, ceux qui légifèrent par décret et/ou par ordonnance, ceux qui laisse mourir des gens pour de sombres histoires de gros sous ou de bureaucratie….

Mais il y a surtout ceux qui appellent pour prendre des nouvelles , qui proposent leur aide, ceux qui jouent du saxophone au balcon pour les voisins, ceux qui ont suspendu les loyers de leurs locataires,  ceux qui participent dans des groupes Facebook pour partager des bons plans, des blagues, des séances de fitness pour se maintenir en forme, des recettes de cuisine ou de gâteaux, des réflexions sur l’actualité, des idées pour le monde d’après, des conseils, du soutien, des tutos de fabrication de masques, ou des astuces de grand mères pour booster ses défenses humanitaires. Car bien sûr il ne faut pas oublier la raison qui nous maintient à la maison.

Mais plus important encore il ne faudra pas oublier la solidarité qui en est née !

Et puis qui sait, si nous avons la sagesse d’en tirer les bonnes leçons , si nous arrivons à maintenir le focus sur l’essentiel , et si nous sommes nombreux à le souhaiter peut-être qu’avec le Covid-19 on va tous Mûrir !

Peace, Love & Caféine.
Nousnouss©
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